La Document Foundation (TDF), l'organisation à but non lucratif à l'origine de LibreOffice, a publié un article au ton ferme le 6 février.Contenu du blogLa Document Foundation accuse une nouvelle fois Microsoft de privilégier ses intérêts commerciaux au détriment des normes techniques. Selon elle, Microsoft a artificiellement créé des barrières d'interopérabilité en développant le format de fichier OOXML (Office Open XML), extrêmement complexe, dans le but de contraindre les utilisateurs à rester prisonniers de son écosystème.
Qui peut lire en entier un manuel d'instructions de 7 000 pages ?
Italo Vignoli, membre fondateur de la Document Foundation, a déclaré sans ambages que la tentative de Microsoft d'imposer l'OOXML, une « pseudo-norme », est scandaleuse. Il a souligné que le document de spécification de l'OOXML compte 7 000 pages, rendant pratiquement impossible pour tout développeur tiers (comme LibreOffice, WPS, etc.) d'obtenir une compatibilité « parfaitement correcte ».
Ironiquement, Microsoft Office lui-même ne respecte même pas sa propre norme « Stricte », préférant une variante « Transitionnelle » lourde de contraintes historiques. La spécification inclut même des instructions comme `autoSpaceLikeWord95`, obligeant les logiciels modernes à imiter certains comportements de Word 95, sorti il y a 30 ans, ce qui contredit clairement l'esprit initial des normes ouvertes.
La communauté scientifique a été contrainte de s'incliner : Excel a arbitrairement modifié les noms, obligeant ainsi à renommer également les gènes.
Pour illustrer le mépris de Microsoft pour les normes, Italo Vignoli a cité un exemple célèbre et désastreux au sein de la communauté scientifique : la mise en forme incorrecte des noms de gènes par Excel.
En recherche génétique, les scientifiques utilisent souvent des abréviations alphanumériques pour désigner les gènes. Par exemple :
• MARCH1 (Doigt de type anneau CH associé à la membrane 1)
• SEPT1 (Septine 1)
Cependant, Excel force la conversion de ces données en formats de date (par exemple, 1er mars, 1er septembre). Cette fonctionnalité « bien pensée » peut s'avérer pratique pour les états financiers, mais elle est catastrophique pour les données scientifiques.
Une étude de 2016 publiée dans Genome Biology a révélé qu'après avoir analysé 3 597 articles avec des pièces jointes Excel, environ 20 % des fichiers contenaient des erreurs de nom de gènes dues à des conversions automatiques par Excel.
Et que s'est-il passé ? Microsoft est resté indifférent pendant des années. Finalement, le Comité de nomenclature génétique HUGO (HGNC), chargé de normaliser les noms des gènes humains, a été contraint de faire des compromis. Afin d'éviter les erreurs d'interprétation d'Excel, il a révisé les règles de dénomination d'environ 27 gènes en 2020 (par exemple, en remplaçant MARCH1 par MARCHF1).
Bien que Microsoft ait finalement publié une mise à jour en 2023 permettant de désactiver la conversion automatique, le mal était déjà fait. La Document Foundation estime qu'il est tout simplement absurde qu'un outil censé servir l'humanité ait fini par exiger de la communauté scientifique qu'elle modifie ses normes académiques pour s'adapter au logiciel.



