Depuis des années, les touristes visitant la Corée du Sud constatent que Google Maps sur leur téléphone est pratiquement inutilisable, faute de navigation adéquate et d'informations complètes sur les commerces, les obligeant à se tourner vers des services locaux comme Kakao Maps. Cependant, cette situation est sur le point de connaître un changement historique.
Selon le New York TimesrapportGoogle a reçu l'autorisation du ministère des Transports sud-coréen d'exporter des données géographiques précises à l'étranger. Cette décision lève des restrictions de longue date et permet enfin à Google Maps de fonctionner pleinement en Corée du Sud.
Compromis et conditions strictes pour des raisons de sécurité nationale
En raison du conflit technologique persistant entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, et pour des raisons de sécurité nationale, le gouvernement sud-coréen a longtemps imposé des restrictions strictes à l'exportation de données cartographiques de haute précision (échelle supérieure à 1/5000) vers des serveurs situés à l'étranger. Google a déposé deux demandes d'autorisation d'exportation de données cartographiques, en 2007 et 2016, mais ces deux tentatives ont échoué.
Cette autorisation n'était pas sans conditions. Un porte-parole du ministère sud-coréen des Transports a déclaré qu'elle était subordonnée au respect d'exigences de sécurité strictes. Ces conditions interdiraient notamment à Google d'afficher des données militaires sensibles et limiteraient même la précision de l'affichage des coordonnées de latitude et de longitude.
Dans une déclaration au New York Times, Cris Turner, cadre chez Google, a déclaré : « Nous saluons la décision d'aujourd'hui et nous nous réjouissons de continuer à travailler avec les autorités locales pour mettre Google Maps pleinement fonctionnel en Corée du Sud. »
La lutte de pouvoir dans les négociations commerciales et la menace imminente de monopole exercée par les géants nationaux
Cette « guerre des données », qui dure depuis plus d'une décennie, est en réalité liée à la rivalité commerciale entre les États-Unis et la Corée du Sud. L'absence de mécanisme de partage des données a toujours été un point de friction dans les négociations commerciales américano-sud-coréennes.
Google s'est plaint à plusieurs reprises que ces restrictions fondées sur la sécurité nationale le désavantageaient fortement sur le plan concurrentiel, ce qui a stimulé le développement fulgurant d'applications de navigation sud-coréennes telles que NAVER et Kakao.
Cependant, l'ouverture totale des données cartographiques de la Corée du Sud a également suscité des inquiétudes parmi les universitaires et les professionnels du secteur locaux.
SelonReuters NewsS'appuyant sur les propos du professeur de géographie Choi Jin-mu, certains craignent que l'arrivée massive de Google sur le marché, forte de ses ressources considérables, ne débouche sur un monopole. Si Naver et Kakao sont affaiblis ou évincés, et que Google augmente ensuite ses tarifs, un tel monopole se créerait. Dès lors, même les entreprises locales qui dépendent des services de cartographie (comme les sociétés de logistique) seraient totalement à la merci de Google.
Analyse des points de vue
Du point de vue de la concurrence, cela représente un défi de survie sans précédent pour NAVER et Kakao, solidement implantés sur le marché sud-coréen depuis de nombreuses années. Google bénéficie d'un atout majeur : le système Android préinstallé et un écosystème mondial d'avis de guides locaux. Dès que la précision des données cartographiques de Google Maps aura atteint le niveau de ses concurrents locaux, il pourra facilement attirer un grand nombre de touristes étrangers et certains utilisateurs locaux en quête d'une expérience internationale grâce à la traduction multilingue et à une intégration fluide des comptes.
Le marché des applications de cartographie en Corée du Sud est sur le point de passer d'une simple comparaison de la précision des cartes à une véritable bataille pour l'intégration des services locaux (tels que les VTC, la livraison de repas et les paiements mobiles).



