Alors que les technologies de communication s'étendent du sol au ciel et à l'espace, les quatre principaux opérateurs de télécommunications japonais — NTT, KDDI, SoftBank et Rakuten Mobile — accélèrent le déploiement des réseaux non terrestres (NTN), visant une commercialisation entre le second semestre 2025 et 2026. Outre la nécessité de remédier aux zones blanches de communication dans les régions montagneuses et les îles isolées, le principal moteur de cette « course à l'espace » est de faire face à des catastrophes naturelles de plus en plus graves, en veillant à ce que, même en cas de dommages aux stations de base terrestres, les îles puissent continuer à communiquer grâce aux signaux aériens.
Voici un résumé des différences en matière d'organisation stratégique et de technologies de base entre les quatre entreprises :
NTT : Construction d'un réseau informatique spatial « autonome et décentralisé » grâce à la technologie optique IOWN
La stratégie du groupe NTT repose essentiellement sur l'indépendance technologique et les communications optiques. Grâce à sa technologie « IOWN » (Innovative Optical and Wireless Network), NTT ambitionne de transférer vers l'espace une technologie de puces optiques éprouvée, à haut débit et basse consommation, résolvant ainsi les problèmes de raréfaction du spectre et de limitation de vitesse des ondes radio traditionnelles.
NTT privilégie l'autonomie de son infrastructure et prévoit de construire un réseau multicouche comprenant des drones stratosphériques (HAPS), des satellites en orbite basse (LEO) et des satellites en orbite géostationnaire (GEO). Le projet HAPS, mené en collaboration avec Space Compass et NTT DOCOMO, devrait être commercialisé en 2026 et offrira alors une connectivité directe avec les smartphones.
KDDI : Un partenariat avec Starlink pour une couverture nationale et en temps réel
Contrairement à l'approche de NTT, qui privilégie le développement interne, KDDI a adopté une stratégie de coopération plus pragmatique. S'appuyant sur son alliance étroite avec SpaceX, KDDI utilise le système satellitaire éprouvé « Starlink », mettant l'accent sur l'immédiateté et la praticité de ses services.
KDDI a déjà acquis une solide expérience en matière de secours aux victimes de séismes et de communications dans les refuges de montagne de la péninsule de Noto, au Japon. À partir d'avril 2025, KDDI lancera « au Starlink Direct », un service utilisant un satellite dédié opérant à 340 kilomètres d'altitude. Ce système permettra aux smartphones disponibles dans le commerce de se connecter directement, sans modification. La couverture du service au, actuellement de 60 % des zones résidentielles, sera ainsi étendue à l'ensemble du Japon. Ce service prendra en charge l'envoi de SMS d'urgence, de messages et même d'applications d'intelligence artificielle générative.
SoftBank : HAPS, qui combine plusieurs satellites orbitaux, cible l’« Internet mobile des objets ».
SoftBank a proposé le concept de « transformation omniprésente », qui adopte une stratégie hybride combinant HAPS et de multiples services satellitaires fonctionnant en parallèle.
Concernant les services en ligne haute performance (HAPS), SoftBank lancera des services précommerciaux en 2026 grâce à une structure aérienne en forme de ballon fournie par la société américaine Sceye. Un seul aéronef peut couvrir une zone de couverture de 200 kilomètres de diamètre, idéale pour la reconstruction en zone sinistrée et la communication par drones. Pour la partie satellitaire, SoftBank intègre Starlink Business à son service exclusif Eutelsat OneWeb. Tirant parti de la faible latence et de la haute sécurité de OneWeb, SoftBank cible activement le marché de l'Internet des objets pour la mobilité (IoT), garantissant ainsi la connectivité permanente des véhicules connectés, des machines agricoles et des engins de chantier, et ouvrant la voie à la conduite autonome et à la télésurveillance.
Rakuten Mobile : Antenne géante, connexion satellite directe, visant une couverture de zone à 100 %.
Rakuten Mobile mise sur un partenariat avec la société américaine AST SpaceMobile, dans le but de lancer « le service satellite le plus puissant de Rakuten » au quatrième trimestre 2026.
Son principal atout technologique réside dans le fait que le satellite commercial AST « BlueBird Block 2 » est équipé d'une antenne réseau à commande de phase de grande taille, couvrant une superficie de 223 mètres carrés (soit environ la surface d'un court de tennis standard). Cette antenne capte directement les faibles signaux des téléphones mobiles disponibles sur le marché, permettant ainsi de communiquer sans équipement supplémentaire. Par ailleurs, Rakuten Mobile souligne son rôle de premier plan en tant qu'opérateur de réseau mobile (ORM), ce qui lui permet de gérer de manière autonome les stations terrestres et d'allouer la bande passante de façon flexible aux zones sinistrées, garantissant ainsi la qualité des communications d'urgence.
Analyse des points de vue
Si l'on examine les stratégies des quatre principaux opérateurs de télécommunications japonais, on constate que leur objectif final est le même – « couvrir l'extérieur de leurs zones de couverture » et renforcer leurs capacités d'intervention en cas de catastrophe –, leurs approches diffèrent sensiblement. NTT privilégie une stratégie à long terme axée sur un développement technologique approfondi, KDDI mise sur une approche pragmatique de déploiement rapide, SoftBank se concentre sur les applications IoT industrielles et Rakuten s'efforce d'atteindre une couverture optimale sans zones d'ombre grâce à la technologie des antennes géantes.
L'année 2026 sera charnière pour la convergence de ces technologies. Avec le déploiement progressif de ces infrastructures aériennes, les communications futures ne seront plus limitées par le relief. Ceci engendrera des changements révolutionnaires au Japon, pays sujet aux catastrophes naturelles, et même au sein de l'écosystème mondial des communications.



