Dans un monde dominé par l'intelligence artificielle et le cloud computing, certains choisissent encore de communiquer avec l'histoire, en écoutant de la musique électronique sur des ordinateurs datant d'il y a 65 ans. Peter Samson, ingénieur et professeur au Musée d'histoire de l'informatique, a récemment réussi à reproduire l'histoire ancienne.PDP-1 Le Processeur de Données Programmé-1 a joué le classique « Olson » du duo de musique électronique écossais Boards of Canada. L'intégralité du morceau a été saisie et calculée manuellement à l'aide d'une bande de papier perforée, puis transformée en son par le clignotement d'ampoules. Il s'agit de la lecture musicale la plus lente et pourtant la plus poétique.
De l'origine des jeux à la création musicale, la seconde vie du PDP-1
Le PDP-1 est un des premiers ordinateurs commercialisés par la société informatique américaine Digital Equipment Corporation (DEC) dans les années 1960. Il est surtout connu pour avoir donné naissance au premier jeu informatique au monde « Spacewar !
Cependant, le potentiel de la machine dépassait le cadre du jeu. Alors qu'il était étudiant au MIT, Peter Samson a conçu un programme système pour le PDP-1, appelé « Harmony Compiler », capable de convertir des données musicales en un rythme de flashs d'ampoules, générant ainsi de simples ondes sonores.
Désormais, sous la direction du créateur Joe LynchProjet « PDP-1.music »Dans l’édition 1998 du classique ambiant « Olson » de Boards of Canada, cette ancienne technique a été ravivée pour recréer le son du classique ambiant « Olson » de Boards of Canada de 1998.
Recréer le classique ambient « Olson » de Boards of Canada sur le PDP-1 :
Le classique ambient de Boards of Canada « Olson » :
Jouer de la musique avec des ampoules : source lumineuse à quatre pistes, stéréo simulée
L'ensemble du processus de « performance » était extrêmement complexe. Le PDP-1 étant dépourvu d'interface audio moderne, Peter Samson a dû réutiliser les quatre ampoules initialement utilisées pour indiquer l'état de fonctionnement en « périphériques de sortie audio ». Ces ampoules clignotaient à grande vitesse pour générer quatre signaux carrés (équivalents à quatre convertisseurs N/A 1 bit), qui étaient ensuite convertis en sortie stéréo grâce à un simulateur analogique.
Le morceau final devait être enregistré sur bande perforée – chaque note et chaque temps devaient être compilés et gravés à la main. De la compilation des données à l'enregistrement, jouer ce morceau de deux minutes pouvait prendre plusieurs heures.
De l'électronique ambiante à la nostalgie numérique
Joe LynchGitHubSelon l'entreprise, l'objectif du projet n'est pas de démontrer les limites de la technologie, mais plutôt de « redécouvrir le lien physique entre les premiers ordinateurs et la musique ». La chanson originale « Olson » évoque à elle seule une atmosphère de temps et de mémoire. Renouant avec les lumières rythmiques du PDP-1, elle crée un dialogue entre les générations : des transistors au silicium des années 1960 aux murs électroniques des années 1990, pour finalement revenir à l'expérimentation nostalgique des années 2020.
Quand la technologie devient art
Si le processus de lecture était lourd et inefficace, c'est précisément ce qui faisait son charme pour de nombreux passionnés d'histoire numérique. Le retour du PDP-1 a non seulement ravivé l'esprit des premiers arts numériques, mais nous a aussi rappelé que la technologie ne se résume pas à la vitesse et aux performances ; elle peut aussi être un vecteur de temps.
